Banques pour les frontaliers en Suisse

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Les frontaliers qui travaillent en Suisse et vivent en France ont des besoins bancaires spécifiques : étant payés en francs suisses, ils sont exposés aux variations du taux de change, à la fois pour les simples de transferts de fonds tous les mois pour le salaire par exemple, et pour les crédits immobiliers. Retrouvez l’essentiel de ce qu’il faut savoir sur les banques et services bancaires pour frontaliers en Suisse.

La banque au quotidien pour les frontaliers
Changer ses francs suisses aux meilleures conditions
Les crédits immobiliers pour les frontaliers

La banque au quotidien pour les frontaliers

En tant que frontalier en Suisse, vos besoins bancaires sont spécifiques, car vous recevrez un salaire suisse en CHF, mais puisque vous vivez en France vous ferez une grande partie de vos dépenses en euro : vous serez donc soumis au risque de change (lié aux variations du taux de change entre l’euro et le franc suisse).

Comment s’organiser pour la banque quand on est frontalier

Quand on est frontalier, on a besoin d’un compte en CHF pour recevoir son salaire, de faire des transferts ou virements internationaux à faible coût entre la Suisse et la France, d’effectuer des paiements en euros en France (ou dans un autre pays acceptant l’euro), d’effectuer d’éventuels paiements en francs suisses pour des achats en Suisse.

Il existe plusieurs manière de s’organiser pour choisir sa banque, changer ses francs suisses et rapatrier ses fonds quand on est frontalier, dont voici les principales variantes :

  1. avoir une banque « traditionnelle » en Suisse ET une banque « traditionnelle » en France
  2. avoir une banque « traditionnelle » en Suisse ET une banque 100% digitale en France
  3. avoir une banque « traditionnelle » en France qui permet de gérer un compte en euro et un compte en francs suisses
  4. avoir une banque 100% digitale en France et un service en ligne de change de devises en Suisse
1. Avoir une banque « traditionnelle » en Suisse et une banque « traditionnelle » en France
C’est le cas qui permet d’offrir le plus de souplesse sur les dépenses que vous pourriez effectuer à la fois en Suisse et dans le pays de résidence des frontaliers où les dépenses sont en général en euros. Il permet également de mettre en place d’éventuelles ventes à terme de francs suisses (service de garantie de change qui permet de fixer un taux de change euro franc suisse dont l’utilisation doit être, selon nous, limitée à un maximum de 30% du salaire compte tenu du risque).
En revanche, c’est ce dispositif qui vous coûtera le plus cher, à la fois en termes de frais bancaires, mais aussi en termes de frais de change, car les taux de change franc suisse euro proposés par ces établissements sont en général peu intéressants pour les frontaliers compte tenu des marges qu’elles appliquent.
2. Avoir une banque « traditionnelle » en Suisse et une banque digitale en France
C’est une des tendances qui augmente de manière importante ces derniers mois. En passant par une banque digitale, les frontaliers ont des frais réduits à pratiquement zéro (il n’y a en général pas de frais de tenue de compte, pas de frais liés à l’emploi d’une carte de crédit ou de paiement). En revanche, aucune de ces banques ne propose de comptes en francs suisses et ne gère le change. Pour cela, nous conseillons de passer par un service de change de devises en ligne proposant des frais de change réduits et donc des conditions de change très intéressantes (la différence avec les banques traditionnelles est plus que significative à la fin de l’année, de l’ordre de 500 à 600 euros en plus pour un salaire de CHF 5’000.- changé tous les mois).

3. Avoir une banque « traditionnelle » en France qui permet de gérer un compte en euro et un compte en francs suisses
Quelques établissements proposent de tout gérer depuis la France, ce qui permet de n’avoir qu’une seule banque. Sur le plan pratique, c’est plutôt bien dans la mesure où un client frontalier n’aura pas à jongler entre les comptes de sa banque en Suisse et sa banque en France. Sur le plan des coûts, c’est un autre sujet, et ce d’autant que certains de ces établissements facturent des frais relativement élevés, et notamment des frais de réception de virements SEPA en euros issus de banques suisses (alors que dans la plupart des établissements il est possible de recevoir gratuitement n’importe quel virement SEPA en euro depuis n’importe quel banque de n’importe quel pays). Avec ce système, un client frontalier est par ailleurs totalement verrouillé, la banque pouvant appliquer un taux de change en général peu avantageux en comparaison de ceux proposés par les services de change en ligne.

4. Avoir une banque 100% digitale en France et un service de change de devises en ligne en Suisse
Ce dispositif est de très loin le plus avantageux de tous en termes de coûts. Une étude que nous avons menée met en avant les économies très importantes en termes de frais bancaires et de change réalisées par les frontaliers qui utilisent ce dispositif bancaire. L’absence de comptes en devises et de service qui permet de gérer le change de la banque digitale en France est compensé par le fait que le service de change de devises en ligne, qui doit ici être obligatoirement en Suisse, permet de fournir un IBAN suisse sur lequel l’employeur pourra transférer le salaire en CHF. Attention toutefois, ce dispositif est récent, et tous les employeurs suisses ne l’acceptent pas, car l’IBAN proposé par le service de change en ligne n’est pas un IBAN propre au client, mais un IBAN qui comporte les coordonnées du client (nuance). C’est tout à fait légal et possible de le faire, mais tous les employeurs ne le font pas encore. Selon nos informations, plusieurs employeurs, dont des multinationales, commencent à le proposer. Enfin, ce service peut poser problème aux frontaliers qui sont affiliés à la LAMal (assurance maladie suisse des frontaliers) car les caisses auront besoin d’un compte en CHF.

Notre avis : chacun de ces modèles possède ses avantages et ses inconvénients, et permet de changer ses francs suisses en euros (avec des frais plus ou moins importants), et de transférer les fonds de la Suisse vers la France (avec plus ou moins de frais et de praticité). Mais selon nous, les 2 modèles plus intéressants, et de loin, sont : le modèle 2 (une banque digitale en France et une banque traditionnelle en Suisse ainsi qu’un service de change en ligne) qui permet d’avoir des frais bancaires et de change très réduits, tout en conservant une certaine souplesse, ainsi que le modèle 4 (une banque digitale en France et un service de devises en ligne). C’est la solution bancaire pour frontalier la plus intéressante d’un point de vue du coût mais l’absence de compte en CHF dans une banque suisse peut poser problème, soit pour le versement du salaire, soit pour des dépenses en Suisse.

Les banques traditionnelles pour les frontaliers côté France

Les banques traditionnelles françaises présentes en zone frontalière proposent pour la plupart des services spécifiquement dédiés aux frontaliers  :
  • comptes en euro et en francs suisses
  • services de garantie de change, pour vous protéger des variations de cours entre le franc suisse et l’euro
  • moyens de paiement : cartes de crédit sur compte en euro ou en francs suisses
  • services de virements internationaux : Swift, LSV, et également possibilité de recevoir directement votre salaire de votre employeur suisse vers votre compte en franc suisse dans votre banque française (service proposé à ce jour par le Crédit Mutuel et le CIC)

Les banques françaises qui proposent ces services sont les suivantes : Banque Laydernier, Banque Populaire des Alpes, Caisse d’épargne Rhône Alpes, CIC, Crédit Agricole, Crédit Mutuel, Société Générale. A notre connaissance, les autres ne proposent rien de spécifiques aux frontaliers.

Les banques de taille réduite ont choisi le créneau de la clientèle dite « aisée », et proposent en général une véritable qualité de conseil et de suivi pour leurs clients. Pour les banques de taille plus importante, cette qualité peut être très variable et dépend principalement du conseiller de clientèle qui s’occupe de votre compte. Pour beaucoup de ces banques, la problématique en tant que client est de conserver un conseiller de clientèle plus de 2 ans, le tournus dans le métier étant important, notamment en zone frontalière.

Les banques traditionnelles pour les frontaliers côté Suisse

Les banques suisses entretiennent des relations particulières avec les frontaliers : en effet, l’argent des frontaliers ne fait en général que passer (la plupart transfèrent l’argent vers un service de change en ligne ou dans leur banque en France), ce qui limite d’un point de vue des banques, l’intérêt de ces clients. Toutefois, comme elles ne perdent pas de vue que ces clients frontaliers sont de potentiels futurs résidents pour certains (notamment ceux ayant les revenus les plus élevés) et que se sont également des souscripteurs potentiels de 3ème piliers, produits qui procure des marges phénoménales aux établissements bancaires et compagnies d’assurance, elles aménagent au fil du temps leurs conditions d’ouverture de compte, et ajustent les tarifs en fonction de leur envie (ou pas) d’avoir tel ou tel type de client. Par exemple, au Crédit Suisse, des augmentations de tarifs importantes ont permis de « naturellement » sélectionner une certaine clientèle de frontaliers (voir par exemple, cet article de 2013 de la Tribune de Genève sur le sujet).

2 banques suisses, filiales de banques françaises, proposent des services spécifiquement dédiés aux frontaliers : il s’agit de la Banque du Léman, filiale de la Caisse d’épargne Rhône alpes, et du Crédit Agricole Financements Suisse (SA), filiale du Crédit Agricole. Ces modèles peuvent être intéressants pour un frontalier qui possède déjà un compte dans l’un de ces établissements en France.

 

Notre conseil pour changer ses francs suisse en euros aux meilleures conditions

Les frontaliers ont cette caractéristique d’avoir un salaire en francs suisses, et des dépenses en euros. Leur intérêt est donc de changer leurs francs suisses contre des euros au meilleur taux et meilleures conditions. Ils doivent donc convertir tous les mois leurs francs suisses en euro. Pour cela, les frontaliers ont plusieurs possibilités :

  • Changer l’argent physiquement au guichet de leur banque habituelle, ou de toute autre banque suisse ou française
  • Changer l’argent physiquement dans un bureau de change, comme le Change Migros par exemple
  • Passer par une société spécialisés dans le change de devises comme la société genevoise b-Sharpe. D’autres services existent, comme par exemple Transferwise (au Royaume Uni) ou Currencyfair (Australie).
  • Procéder au change dans sa banque suisse, et virer des euros dans sa banque française
  • Procéder au change dans sa banque française, en convertissant les francs suisses transférés en euros

 

Ce qu’il faut savoir, c’est que ces solutions de change de devises sont toutes très différentes, qu’elles font la même chose (elles permettent de convertir des francs suisses en euros), mais qu’elles n’ont pas les mêmes conséquences (sur le plan financier, la sécurité…). En effet, dans le cas du change d’argent physique, les risques de pertes ou de vols sont très importants, et le taux de change franc suisse euro n’est en général pas le meilleur (bien que dans l’esprit de beaucoup de personnes, ce soit le cas). Dans le cas des banques suisses ou françaises, elles appliquent en général une marge qui varie selon les établissements bancaires mais qui est en général significative (de l’ordre de 3%). Dans le cas de sociétés spécialisées comme b-Sharpe, les coûts et frais liés au change sont en général plus intéressants, ce type de société ayant des frais de fonctionnement plus réduits, ce qui leur permet de faire bénéficier à leurs clients de marges plus réduites sur le change de devises (de l’ordre de 0,5%). Notre préférence va en tous les cas vers ce type de service. Consultez l’article rédigé sur le blog « Comment gagner (beaucoup) sur ses frais de change de devises quand on est frontalier« .

 

Les crédits immobiliers pour les frontaliers

Compte tenu du fait que les frontaliers perçoivent un salaire en franc suisse, et vivant en France, ont des dépenses en euros, les banques « locales » ont mis en place des offres spécifiques de financement pour l’achat de biens immobiliers : les crédits immobiliers pour frontaliers en francs suisses. Ces crédits immobiliers particuliers permettent notamment d’éviter les problèmes de variation de taux de change qu’aurait un travailleur frontalier avec un crédit immobilier « classique » en euros.  Toutefois, selon la conjoncture des taux (taux de change et taux d’intérêt), le prêt en devise n’est pas forcément la meilleure des solutions pour le financement d’un bien immobilier.

En plus des banques mentionnées plus haut qui proposent toutes des prêts en devises (à la fois pour les crédits immobiliers et les crédits à la consommation), BNP Paribas propose des crédits en devises (cependant, BNP Paribas ne propose pas de services spécifiques de gestion au quotidien pour les frontaliers).