Accueil > Actualité en Suisse > Étude sur l’identité suisse

Étude sur l’identité suisse

graphique-etude-credit-suisse

En décembre 2013, le Crédit Suisse a sorti une étude très intéressante qui a permis d’interroger un échantillon représentatif de Suisses sur divers sujets liés à leurs préoccupations et à l’identité suisse. Des thèmes tels que les atouts de la Suisse, la fierté de la Suisse, la fierté de la politique suisse, ou encore ce à quoi les Suisses se sentent particulièrement liés ont été abordés.

Ces dernières semaines, la Suisse a fait largement parler d’elle au niveau international – du moins européen – à propos de l’initiative sur la limitation de l’immigration. Les résultats de l’étude du Crédit Suisse, dans ce contexte, sont encore plus intéressants. Notamment, quand plus de 70% des répondants estimaient en été 2013 (date d’administration du questionnaire) que l’immigration était une menace pour l’identité suisse, on peut imaginer que cela a peser dans la votation.

Les atouts de la Suisse : sa neutralité, son système de formation et sa stabilité

Selon les Suisses interrogés, les atouts du pays se trouvent dans sa neutralité pour 47% des personnes, puis dans son système de formation à 45%. La stabilité du pays est également mise en avant en tant qu’atout, par 35% des personnes interrogées. Selon les analystes, les Suisses ont conscience que les ressources naturelles de la Suisse étant limitées, il est indispensable d’investir dans la matière grise de ses travailleurs, d’où l’importance du critère « formation ». Sur ce critère, l’intérêt des personnes interrogées a doublé en 6 ans, ce qui témoigne d’une véritable prise de conscience collective.

graphique-etude-credit-suisse
Source : Crédit Suisse – « Durchmischter Sorgenhaushalt – individuell-wirtschaftliche Sorgen überholen makrowirtschaftliche Bedenken »

La diversité de l’économie suisse semble être plus importante que les industries prises séparément

En Suisse, certains secteurs d’activité sont des moteurs économiques : l’industrie pharmaceutique, l’industrie horlogère et les banques sont, pour ne citer que ces 3, des moteurs économiques. Mais il semblerait que depuis quelques années, les Suisses ont pris conscient de l’importance de diversifier leur économie, et la diversité semble être un meilleur atout que chacun des secteurs pris séparément selon les résultats de l’étude.

Les valeurs traditionnelles que les Suisses romands et les Suisses alémaniques mettent en avant ne sont pas forcément les mêmes

Pour les romands, les valeurs traditionnelles de la Suisse sont incarnées par l’horlogerie et le chocolat, alors que pour les Suisses alémaniques ce sont l’ordre, la liberté et la solidarité qui sont mis en avant.

Les Suisses sont fiers de leur pays et de leur identité

Près de 90% des Suisses sont fiers de leur  pays (36% sont très fiers et 50% sont plutôt fiers, contre 2% qui ne le sont pas du tout). Les études montrent que ces chiffres sont plutôt stables dans le temps. On remarque également que cette fierté dépend du bord politique : les Suisses qui votent à droite sont deux fois plus nombreux à être très fiers de la Suisse que ceux qui votent à gauche ou au centre.

Les Suisses s’identifient de moins en moins à leur commune

Auparavant, il était courant de dire qu’un Suisse, avant de dire qu’il était suisse disait qu’il était Vaudois ou Genevois, mais également qu’il était originaire de telle ou telle commune. Il semblerait que cette identification à la commune ou au canton perde du terrain au profit de l’identification au pays.

Ainsi, 29% des Suisses s’identifient à la Suisse, contre 20% seulement à leur canton, et 20% à leur commune. Cette évolution, en défaveur des communes, s’expliquent notamment par l’augmentation de la mobilité en Suisse ces 10 dernières années, ainsi que par le regroupement de communes en Suisse, phénomène qui a tendance à faire baisser l’identification à la commune.

Le plus gros danger pour l’identité suisse : l’immigration

Quand on demande aux Suisses quel sont, selon eux, le plus gros danger pour l’identité suisse, ils sont près de 75% à répondre l’immigration (ils étaient 77% l’année précédente). Vous noterez que l’étude du Crédit Suisse a été menée en été 2013 et donc avant la votation de 2014.

Autre menace importante de l’identité suisse selon l’étude : l’égoïsme local, pour 60% des répondants.

La quasi totalité des Suisses pensent que leur pays a bonne réputation à l’étranger

Plus de 90% des personnes interrogées estiment que la Suisse a bonne réputation à l’étranger, et plus de 40% pensent que l’image du pays s’était amélioré au cours de l’année passée.

Les Suisses ont également été interrogés sur la politique étrangère dans cette étude : plus de 60% des Suisses interrogés estiment que la politique étrangère de la Suisse est clairement défensive, et plus de 70% pensent qu’il faudrait être  plus offensif dans les négociations internationales.

Ce que je pense de cette étude

L’étude du Crédit Suisse est très intéressante, en ce sens qu’elle nous donne des indications relativement précises sur l’identité suisse, et les croyances du peuple. On y voit que l’économie – et le monde économique suisse – y occupe une part importante, y compris dans les valeurs traditionnelles, notamment pour les romands qui citent l’horlogerie.

Pour les étrangers qui veulent s’installer en Suisse ou y travailler, ce sont des indications très utiles qui permettront probablement une meilleure compréhension de la culture suisse.

Ces résultats viennent, pour certains, appuyer le choix que le peuple suisse a fait en matière de restriction d’immigration lors de la votation du 9 février 2014. Avec du recul, ces résultats ont un goût de « replis identitaire », et quand on y ajoute le sentiment que la Suisse n’est pas assez offensive en matière de relation internationale, on explique finalement assez facilement le résultat de la votation sur l’immigration.

Enfin, je finirai par ce sentiment massif de fierté qu’ont les Suisses envers leur pays et leur culture : c’est un attachement que probablement beaucoup d’européens ne saisissent pas, tant l’identification avec leur propre pays est difficile. Pour expliquer ce « détachement européen », il serait intéressant de mettre en place une étude similaire à celle du Crédit Suisse dans les pays d’Europe et de comparer avec la Suisse. Divergences garanties…

David Talerman

Spécialiste de l'expatriation et de l'emploi en Suisse, je suis l'auteur du livre Travailler et Vivre en Suisse. Suivez-moi sur Instagram, LinkedIn, Facebook. Suivez notre actualité grâce à notre newsletter.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Scala Wells

Sponsors

Nouveauté ! La dernière édition du livre "Travailler et vivre en Suisse" vient de sortir

Retour haut de page